21 ANS ET DEUX BÉBÉS: CHAPITRE III

« Divine poursuit son introspection et prend en compte les différents choix qu’elle a faits pour en arriver là. Sur une note d’espoir, elle exprime sa fierté envers la petite fille qu’elle était. Elle passe également en revue ses amies, à la recherche de l’auteur de ce cadeau.« 

J’étais assise devant la table à écrire de mon bureau. Il y a avait des livres et des carnets de part et d’autre, tous rangés en verticale par ordre de grandeur croissante. Il y avait également une boîte à stylos bien pleine et mon ordinateur fermé, posé juste en face de la feuille sur laquelle j’étais censée écrire la lettre et qui était toujours vierge. Je soupirais et mis mes mains sur mes joues, les coudes posés sur la table. Je me demandais ce que la petite Divine aurait pensée d’elle-même aujourd’hui. Probablement qu’elle lui ressemble mais en plus grande, c’est évident.

Je souris et senti mes pommettes remontées. J’aimais la sensation que cela me procurait. J’avais l’impression d’être à l’écoute de mon corps, d’en être consciente et pas uniquement de le porter.

J’avais appris à être consciente de chacune de ses insuffisances et de ses excès : Tantôt beaucoup trop foncée ou alors pas assez grande. Tantôt beaucoup trop mince ou beaucoup trop grosse et ce, dans la même période sans avoir pris, ni perdu un seul kilo.

J’avais fini par commencer à ressentir un mal-être à chaque fois que je me mirais au point d’en avoir marre mais sans vraiment savoir quoi faire pour y remédier.

Jusqu’à ce qu’un jour, après plusieurs questionnements, j’ai fait une chose qui m’avait ouvert les yeux. Je me suis dit : « Divine, regarde et décrit ce que tu vois dans la glace en te mirant. Sans faire aucun commentaire ».

Je voyais un corps, tout simplement. Au départ, j’avais failli me mettre à redire tout ce que je me répétais déjà ou alors ce que j’avais entendus d’autres dire et je me rappelais que ça serait enfreindre la règle. Je voyais bien un corps, mais je ne savais pas le décrire. Je savais juste redire ce qui en avait déjà été dit.

Mon cerveau était comme envahi par des images et des mots qui n’étaient pas les miens propres; et c’était seulement la première fois que je m’en rendais compte. Tous mes complexes et toutes mes fiertés ne venaient pas de moi, mais de ce que l’on m’avait pointé, en parole ou en action. Je m’étais sentie ridicule devant ce miroir ce jour-là, ridicule d’avoir écoutés tout le monde et d’avoir crus en leurs mots, de m’être convaincue qu’ils étaient vrais au point de ne plus être capable de voir la réalité telle qu’elle était tout simplement.

Dans ce miroir, je ne voyais ni imperfections ni perfections, je voyais un corps. Je pouvais constater des faits, tels que des sourcils peu épais, des petites lèvres, des oreilles avec le lobe attaché, etc. mais je voyais un corps, mon corps. 

Ce que je fis ensuite était encore une fois ridicule, mais gratifiant. Je me mis à palper mon visage, ma peau, mes cheveux, jusqu’à m’enlacer dans mes propres bras.

J’éclatais de rire en y repensant et reposais mes mains sur la table.

Ce jour-là, j’étais allée à la rencontre de mon corps, et comme Dieu dit à Adam de nommer les animaux, je me mis à le décrire comme je voulais. J’étais belle, splendide, magnifique mais divine me plaisait beaucoup plus. Je ne l’avais jamais utilisé pour me décrire pourtant.

Mon niveau de ridiculité était hallucinant. Tellement hallucinant que je me mis à pleurer, j’étais en train de renouer avec moi-même.

Après cet épisode, j’avais décidé de continuer cette démarche de réconciliation avec moi-même sur tous les plans, de passer du temps avec moi, de m’écouter un peu plus.

D’écouter mes envies, d’écouter les battements de mon cœur pour les chocolats plutôt que les bonbons, pour les films d’animation plutôt que les films traditionnels, pour mes cheveux plutôt que tous les autres artifices, pour ma peau velue plutôt que les pubs où les peaux parfaites étaient dépourvues du moindre poil.

J’avais appris à prendre soin de moi, à me protéger.

J’avais appris non seulement à reconnaitre mes sensibilités et mes préférences, mais à les exprimer également.

J’avais appris et j’apprends toujours à connaitre et apprécier la créature si merveilleuse que je suis.

C’était cela ma deuxième plus belle et plus grande révolution après quoi, j’avais également appris à mieux connaitre et aimer les personnes autour de moi.

À les écouter, non pas pour les juger, les conseiller ou me comparer à eux, mais juste pour connaitre les humains qu’ils sont.

Parce qu’à chacun, la société, les personnes, nos réussites ou nos échecs, notre apparence ou nos origines nous font revêtir un masque qui n’est pas parfaitement nous. Et quelquefois, l’on voudrait juste être vu au-delà de ce masque. Etre vu et accepté.

On se ressemble tellement, nous les humains. On vit tous les mêmes choses. Sous différentes formes peut-être, mais personne n’est unique dans le sort que lui inflige la vie. Si on pouvait remplacer la moquerie, le mépris, le rejet, la méchanceté, par l’empathie et l’amour, alors on se rendrait compte que la personne en face de nous n’est qu’une autre partie de nous.

C’est dommage qu’on le perde bien trop souvent de vue.

Finalement, je pense que la petite Divine serait fière de moi.

J’aurais voulu lui écrire moi aussi. Je lui aurais dit qu’il est tout à fait normal de grandir, de se chercher, de vouloir une identité, de vouloir une appartenance, de vouloir être aimé.

Je lui aurais dit qu’au fond tout ça, elle l’a toujours été par Dieu, et le sera toujours par lui.

Je lui aurais dit de ne pas se chercher dans les regards et les actions des autres, eux aussi sont autant perdus que nous, ils ne le montrent juste pas.

Je lui aurais dit de suivre son cœur, il lui montrerait le chemin.

Pas celui qui fait boum-boum dans sa cage thoracique, mais celui qui fait boum-boum à chaque fois qu’elle prie, à chaque fois qu’elle écrit, à chaque fois qu’elle vit.

Celui qui se précipite de la rassurer à chaque fois qu’elle a peur ou qu’elle doute.

Celui qui déploie ses ailes à chaque fois qu’elle est vraie, qu’elle est elle-même.

Je lui aurais dit de le faire, et de persévérer même à l’encontre de tout.

Et je lui aurais demandé de me promettre de continuer de le faire. Et c’est promis, je le ferais. Je l’écouterais en sachant toujours, que c’est lui qui a raison.

Je crois vraiment qu’elle serait fière de moi. Surtout si je lui disais qu’elle écrit toujours.

Arrêter d’écrire, d’écouter son cœur, son corps, bref, cesser de s’écouter a été une erreur, mais il y a cette personne qui s’appelle grâce, et qui, tous les matins, nous donne une nouvelle opportunité de tout recommencer. Cette opportunité, c’est la vie qu’elle nous donne. Tant qu’il y a de la vie, il y a de l’espoir. Et le choix nous revient.

À chaque fois que nous voyons le soleil se lever, alors c’est une opportunité qu’elle nous accorde de faire un choix, en toute liberté. Et elle nous a recommandée l’amour, la vie, la joie : Elle, tout simplement. Parce qu’elle sait mieux que personne ce qu’il y a de mieux pour ceux qu’elle a créés.

Moi aussi je suis fière d’elle.

Fière de voir qu’elle a su saisir cette opportunité et en tirer le meilleur.

Fière qu’au fil du temps, elle ait appris à reconnaître la mine d’or qu’elle était et à la cultiver.

Parce que le cœur est comme un jardin regorgeant de plantes de toutes les variétés, que l’écouter, c’est découvrir chacune de ses plantes, de ses talents, de ses rêves. Et que les cultiver, c’est apprendre à les entretenir, à les nourrir, à déraciner tout ce qui est susceptible de les nuire, afin qu’elles portent du fruit et fassent éclore tous leurs potentiels.

Je suis fière d’elle et je suis persuadée qu’elle est fière de moi.

Et je crois qu’avec moi, elle a confiance en celle de 31 ans. Je sais qu’elle continue de cultiver son jardin, de nourrir chacun de ses rêves, de croire en chacun de ses projets, de travailler chacun de ses talents, et qu’elle brille de mille feux. C’est une promesse.

Je soupirais, tout ça était bien beau, mais je n’avais toujours rien écrit. Et cette amie était toujours non identifiée. Je ne savais vraiment pas qui ça pouvais être.

Nyota, je ne crois pas que ce soit elle. Je la connais depuis que j’ai 14 ans et pas une fois elle ne m’avait souhaité joyeux anniversaire le jour même. L’amnésie totale quand il en venait à cette date. Les anniversaires disait-elle, ne sont que des jours comme les autres. Cela n’étant pas ma philosophie, elle avait toujours su se rattraper autrement.

Du haut de son 1m80 dont je suis sûre, 75 % reviennent à ses jambes, elle était très simple à reconnaitre dans la rue. Il suffisait de voir l’allure à laquelle elle marchait. Les épaules bien relevées et les regards droits devant elle, Nyota n’avait pas son propre temps, mais elle savait être présente quand il le fallait pour ses amies.

Amani, je crois qu’elle en serait capable, les anniversaires sont importants pour elle et ses amies aussi.  Mais j’ai un doute. Notre amitié avait rencontré certaines interférences notamment à cause de l’implication de sa mère, maman Timi, qui était persuadée que cette amitié n’avait pas lieu d’être à cause de nos différences culturelles.

Amani et sa famille s’étaient installées dans le pays il y a environ deux ans suite à une mutation professionnelle de son père qui s’est avéré être un collège du mien. Ils habitaient à quelques maisons de chez nous et nous les avions invités un soir, question de leur souhaiter la bienvenue et faire connaissance. Sa mère était une femme imposante de par son physique et pouvait sembler autoritaire et stricte au premier abord. Mais elle faisait preuve de beaucoup d’affection envers ses enfants. Avec ceux des autres, elle pouvait sembler quelque peu hautaine.

Lorsque Amani et moi avions commencé à nous lier d’amitié, elle passait souvent me voir et nous discutions. C’était une fille brillante, passionnée de politique et avec un sens de l’humour hilarant. Ma mère l’appréciait. La même chose ne pouvait pas être dite de la sienne qui, voyant cette amitié grandir, avait fait part de son désaccord à sa fille qui n’avait d’autres choix que de prendre ses distances. Elle disait se méfier du peuple que nous étions car d’après son expérience, nous n’étions pas dignes de confiance.

Un jour, Amani avait besoin d’aide avec un devoir et est donc passée à la maison solliciter mon aide. L’erreur qu’elle avait faite était de ne pas prévenir sa mère. Nous étions en train de travailler lorsque sa mère est arrivée et s’est mise à crier en disant nous ne les respections pas, que nous voulions nous accaparer de sa fille et ensuite de toute sa famille. Elle disait en avoir assez des personnes de ce pays. Ma mère s’était elle aussi énervée et avait demandé à Amani de rejoindre sa mère et quitter les lieux. Depuis lors, elles n’avaient plus jamais remis les pieds chez nous et mon amitié avec Amani était devenue strictement virtuelle.

Et parlant de Rafiki, je crois que ça pourrait être elle, mais ma mère l’aurait reconnue. Le courant était passé dès le premier contact entre elles et des fois, j’avais l’impression qu’elle était un peu plus la copine de ma mère que la mienne. Il suffisait que ce soit ma mère qu’elle croise en premier en arrivant pour qu’elles se mettent à discuter de tout et de rien. De comment les choses se passaient l’école, en passant par l’actualité du pays ainsi que le dernier épisode de la série qu’elles suivaient et que l’une aurait manqué, pour finir par la série de conseils que ma mère n’hésitait pas à prodiguer à tous les jeunes gens qu’elle rencontrait.

Le plus drôle, c’était que voyant qu’elles s’entendaient si bien, j’avais demandé à ma mère si elle souhaitait faire la connaissance de la mère de Raki (son surnom pour les intimes). Elle avait répondu que ce n’était pas la peine, la fille faisait déjà l’affaire; et qu’elle ne voulait pas rencontrer une deuxième maman Timi. Sacrée maman.

Let’s talk now

-Quelle est ta relation avec ton corps ? Es-tu à son écoute ou as-tu des difficultés à l’accepter ? Essaies-tu de le faire accepter par les autres, ou apprends-tu à l’accepter toi-même 

-Que pense-tu du cœur comme étant un jardin ? Adhères-tu à cette philosophie ?

-Tes amitiés occupent-elles une place importante dans ta vie ?

-Rencontres-tu des difficultés avec tes amis issus d’une culture différente de la tienne ?

-Que retiens-tu de ce chapitre ?

-Quelles sont tes attentes pour le prochain chapitre ?

Rendez-vous en commentaire 😊


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